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 Ran - La pâture du Lion



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HUNTER
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HUNTER

DATE D'INSCRIPTION : 09/11/2014
GRIFFURES : 39







MessageSujet: Ran - La pâture du Lion
Dim 9 Nov 2014 - 15:45


Randjel Wagner

Ce que toujours veut dire.
NOM + Wagner. Officiellement, il est le fils adoptif d'Oscar Wagner, un homme d'affaires anglais, qui l'a recueilli lorsqu'il avait treize ans, en Bosnie. On suppose que ses parents disparus sont morts.
PRÉNOM(S) + Randjel, car il est d'origine serbe. Cependant, on utilise très rarement son prénom, car trop compliqué à prononcer : on se contente de Ran.
DATE ET LIEU DE NAISSANCE + 22 mars 1982, quelque part dans la campagne bosniaque.
ÂGE + Trente-deux ans à présent.
NATURE + Chasseur. Il s'entraîne depuis ses treize ans et a obtenu ce rang il y a treize ans. Sa marque est en train de se développer à cause de ses activités.
STATUT MARITAL + Célibataire. Malheureusement, aucune femme n'arrive à s'attacher à lui. Mieux vaut être seul que mal accompagné.
ORIENTATION SEXUELLE + Hétérosexuel. Il a une vision traditionnelle des choses.
EMPLOI + Contrôleur à la gare routière depuis près de cinq ans. Ce métier lui permet d'avoir un niveau de vie acceptable. Officieusement, il est également l'homme de main-chasseur d'Oscar Wagner.



Caractère.
& personnalité.

PIECE OF MIND + Ran a grandi avec une mentalité spécifique de soldat qui lui a toujours semblé être la plus naturelle du monde. Habitué depuis son plus jeune âge à tuer, le meurtre n'est pas un crime pour lui. Sans être assoiffé de sang, il apprécie les parties de chasse, qui lui rappellent sa jeunesse d'enfant-soldat. D'un caractère peu engageant, Ran se caractérise par une loyauté sans faille et beaucoup de discipline. Une fois qu'il est dévoué à quelqu'un, il est prêt à tout pour lui, même à mourir. Cependant, il s'attache difficilement aux autres : il faut lui sembler exceptionnel et digne de son attention ; mais une fois qu'il s'est attaché, son amour est sans limite. Assez modeste sur ses capacités, il est extrêmement fiable, on peut lui confier sans problème ses secrets sans crainte d'être jugé. Il accomplit son travail avec beaucoup de sérieux. On peut lui reprocher de n'être pas très joyeux et toujours sur la défensive, mais il faut bien avouer que dans les situations difficiles, on aime bien l'avoir à ses côtés. Son point faible peut-être est qu'il fait trop facilement confiance à ceux qu'il ne considère pas comme ses ennemis, mais aussi le fait qu'il n'est pas un grand intellectuel et n'a pas pris l'habitude de réfléchir par lui-même.


DROP OF BLOOD + Ran n'a jamais su vraiment pour quoi il agissait. Son mentor ne lui a jamais révélé la nature exacte de ses activités. Ran n'est pas à proprement parler son fils adoptif : plutôt un homme de main dont il se sert pour se débarrasser de personnes gênantes. Il dispose de quelques armes chez lui, mais la majorité de l'arsenal qu'il utilise se trouve chez Oscar Wagner, auquel il a un accès libre. Ses armes de prédilection sont les armes à feu, mais il se débrouille très bien avec les lames courtes. C'est globalement un excellent combattant, il est même capable de passer inaperçu, bien que son mentor soit encore plus doué que lui dans ce domaine. Ran est très discret concernant sa vie personnelle : il met rarement en avant sa relation de ''parenté'' avec Oscar Wagner et laisse entendre qu'il n'a pas de famille proche dans les environs. Il faut aussi noter que Ran parler avec un accent prononcé, qu'il a été alcoolique lorsqu'il était jeune et n'a plus bu une goutte d'alcool depuis, et il lit assez lentement.
Depuis quelques mois, sa vie est en pleine évolution. Il a découvert la signification de la marque qu'il porte sur le bras. Avec elle, Ran a découvert la peur. Pour cette raison, il aspire à une vie différente, où il pourrait concilier code d'honneur des chasseurs et son mode de vie initial. Pour l'heure, il est marqué par les doutes.

C'est moi le roi
le retour


PRÉNOM RÉEL + Moi, c'est Tobias. 
ÂGE + Très vieille. Trop vieille.
RÉGION + Toujours en Lorraine.
DE QUELLE FAÇON AS-TU TROUVE LE FORUM + C'est mon deuxième compte. Je suis désolée, son histoire est très mauvaise.
QUE PENSES-TU DU FORUM + C'est plutôt vos avis qui m'intéressent.
DISPONIBILITÉ + Régulière.
AUTRE CHOSE A DIRE + Soyez sages, les enfants, je veille au grain.

wolf blood
the full moon is coming
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HUNTER
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HUNTER

DATE D'INSCRIPTION : 09/11/2014
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Dim 9 Nov 2014 - 15:46


Histoire d'un enfant-soldat
Éternité brisée


« Debout, fainéant, c'est l'heure. » meugle une voix féroce.
L'enfant ouvre des yeux où se lit une brève angoisse avant de se ressaisir et de se relever. Il rassemble ses affaires, rajuste les sangles qui se collent à son dos et se positionne bien droit devant l'homme qui vient de l'invectiver. Mais ce dernier ne s'occupe déjà plus guère de lui : il harponne de sa voix puissante d'autres garçons plus lents à la détente.
L'enfant a dix ans. Bien qu'il soit suffisamment nourri, il conserve l'allure toujours maigre, presque squelettique, des enfants ayant des carences alimentaires. Il est pourtant en pleine forme, capable de porter trois kilos six de tôle pendant des heures, ou encore de courir sur des kilomètres aux terrains aussi divers que prairies, marécages ou montagnes. On dit de lui qu'il est plutôt résistant : comme toute mauvaise herbe, il est vraiment tenace. Personne n'a encore réussi à se débarrasser de lui.
Ils sont très peu dans son cas : à peine huit enfants, tous âgés de huit à douze ans ; du haut de ses dix ans, il n'est ainsi ni le plus jeune, ni le plus vieux, et ça lui convient. Il n'est certes pas aussi puissant qu'un adulte, mais il vaut son pesant d'or. Idéal pour remplir les trous dans les effectifs, pour effectuer le sale travail dont personne ne veut ou encore pour les missions qui requièrent de passer inaperçu. On ne remarque jamais les enfants : trop petits, trop furtifs, trop malins. Et bien sûr, ils coûtent moins chers à entretenir. Le seul souci, peut-être, est qu'ils ne sont que des enfants. C'est leur principale limite.
L'enfant reçoit une ration alimentaire qu'il s'empresse d'engloutir. Il ne semble pas se rendre compte que la faim tiraille son ventre. Ce genre de petite douleur anodine passe facilement inaperçue. À cet âge, on oublie vite. Il a même oublié que les aliments pouvaient avoir du goût. Il n'a pas le temps d'y réfléchir. Déjà, la porte du hangar s'ouvre et on l'embarque. L'homme qui l'a réveillé l'envoie vers un groupe à quelques mètres de là. Aujourd'hui, une dure journée l'attend.

Le sous-officier Keller était arrivé en Bosnie quelques heures auparavant. Il avait une petite expérience des conflits balkaniques, puisqu'il avait déjà combattu durant la guerre de Slovénie, deux ans auparavant. Il se sentait donc plutôt satisfait de ses précédents exploits pendant qu'il observait scrupuleusement les hommes qui étaient sous son autorité. Tous des soldats aguerris, fiers de leur pays respectif et de défendre les couleurs de la paix, qui sauraient faire retrouver à la région sa tranquillité originelle. Les opinions personnelles de chacun sur cette guerre n'avaient pas leur place ici : ce n'était pas leur rôle. Ils étaient envoyés par la communauté internationale ; c'était elle qu'ils étaient chargés de représenter.
Son inspection ne lui révéla aucun dysfonctionnement et le mit en confiance. Keller avait conscience que ses ennemis seraient redoutables ; c'était d'ailleurs le propre de tout véritable ennemi. Il avait été préparé à toutes les situations possibles, même aux plus surprenantes et difficiles. Il savait en théorie faire face à des massacres de populations, par exemple. Il savait comment réagir à toute une variété de cas de figure différents avec le sang-froid nécessaire. S'il craignait certaines situations, il s'efforçait de ne pas le montrer. En temps normal, Keller n'aimait pas avouer sa peur ; il se reconnaissait cependant le droit d'être choqué de l'inhumanité de ses ennemis. Il n'était pas une machine à tuer, loin de là, mais un être humain. Il tenait donc à son humanité comme à la prunelle de ses yeux.
Le programme de cette journée était la protection de Tuzla, la quatrième ville du pays. L'armée serbe ne cessait de progresser et d'assiéger de jour en jour de nouvelles villes afin d'étendre son pouvoir. Comme tous les jours, Keller et ses hommes s'efforçaient de surveiller les voies d'accès à Tuzla. Il fallait faire face à des bombardements et des offensives de l'armée serbe de façon régulière. À titre personnel, Keller était persuadé que la ville allait tomber aux mains de leur ennemi très rapidement, leurs effectifs étant insuffisants pour remplir la mission qui leur était assignée. Mais il n'était pas assez élevé dans la hiérarchie pour avoir le droit d'exprimer son avis et d'être entendu. Pourtant, il n'avait pas tort.
« Une nouvelle offensive a débuté au nord de la ville. »
Les Serbes étaient là. Keller effaça de son esprit toute pensée parasite pour se préparer à riposter. C'était la première fois qu'il allait combattre en Bosnie ; des souvenirs de combats plus anciens lui revenaient, qu'il chassait les uns après les autres. Il essayait de ne pas tenir compte de ses a priori ni des rumeurs qui couraient sur ses ennemis : il s'en tenait à ce que sa hiérarchie lui avait confié.
De sa position, Keller voyait les ennemis se rapprocher. Ils se cachaient dans les ruines d'affrontements précédents. Il lui semblait que tous ses adversaires étaient humains : cette information était rassurante. Des créatures terrifiantes étaient employées par les différents groupes armés pour semer la terreur parmi la population ; les nuits de pleine lune, on disait même que des loups-garou procédaient à des massacres en règle dans les villages isolés. En raison de cela, Keller mit toute son énergie à tirer avec précision contre ses ennemis, en essayant autant que faire se peut de se protéger des tirs adverses. Les hommes étaient des cibles cruellement faciles.
C'est pour cette raison qu'il ne vit pas l'enfant. Camouflé par la poussière des soldats, le petit n'attirait pas l'attention. Il progressait rapidement et furtivement, capable de glisser d'une cachette à l'autre avec une habilité presque surnaturelle. Keller ne l'avait pas remarqué avant de s'apercevoir qu'une silhouette s'approchait sur la gauche.
Lorsqu'il remarqua qu'il venait de pointer son arme sur un enfant, Keller eut un instant d'hésitation. L'hésitation était mortelle en situation de vie ou de mort, le sous-officier le savait bien. Malgré tout l'entraînement qu'il avait reçu, ses gestes automatiques restaient malgré tout subordonnés à sa morale. Sa morale lui disait qu'il fallait que ces hommes meurent. C'était d'autant plus facile à penser lorsqu'on repensait aux massacres qu'ils avaient commis et que Keller avait pu apercevoir en route. Mais face à un enfant, sa morale avait flanché un instant. Un instant de trop. Le temps d'appuyer sur la gâchette, une balle venait se loger dans sa tête. Mort en un instant, tué par un enfant.

En 1992, Randjel était déjà un soldat, un vrai. Cette situation, loin de le révolter, l'enchantait. Il avait en effet appris qu'il n'existait aucun métier plus beau que celui de sacrifier sa vie pour sa nation chérie. Il considérait d'ailleurs que l'éducation qu'il avait reçue était complète et amplement suffisante. Pourtant, nous ne pourrions nous empêcher de noter quelques carences dans celle-ci. Tout d'abord, ses compétences en lecture et en écriture. Il n'avait jamais tenu de stylo dans la main : à quoi cela lui aurait-il servi alors qu'il était censé mourir sur le champ de bataille tôt ou tard ? Avant d'être mobilisé, il avait étudié les rudiments de la lecture, mais bien souvent, cette compétence était délaissée. Quant au reste de sa culture générale, elle était déficitaire. Sa culture militaire était impressionnante : il retenait facilement le nom des armes, des véhicules ou des personnes qui défilaient face à lui, quand bien même les officiers n'avaient pas pour objectif de l'éduquer parfaitement. Il y avait bien quelques domaines où on avait bien voulu l'instruire : un peu d'histoire, de morale et de géographie formaient l'essentiel de ses connaissances. Mais quelle histoire ! Et quelle morale ! Tout était fait pour lui donner envie de se battre pour protéger sa famille.
Ses souvenirs plus anciens étaient désormais brumeux, mais le temps de la paix précédant la guerre lui revenait parfois en mémoire. Randjel était un garçon de la campagne : il habitait dans un village mal relié aux routes principales à cause de chemins boueux et mal entretenus. Ses parents n'étaient pas paysans, mais ferronniers. En revanche, il n'avait aucune certitude quant à ce qui leur était arrivé. Pour une raison qu'il ignorait, le village s'était peu à peu vidé de ses habitants. On disait que certains étaient partis se réfugier dans une zone plus sûre, et que d'autres avaient trouvé la mort dans les environs. L'incertitude sur le sort des disparus nourrissait la peur plus efficacement que ne l'aurait fait une meute de loups-garou. De loup-garou, il n'en était pas question dans cette affaire. Du jour au lendemain, le village s'était désertifié, l'armée serbe était passée et les avait enrôlés parce qu'ils étaient eux aussi serbes. L'armée avait remplacé ses parents. Elle était entièrement responsable de ce que Randjel pensait.
Parce qu'on lui avait affirmé que ses parents avaient été tués par ses ennemis, Randjel l'avait cru, car il n'avait aucune raison d'en douter. Faire le deuil de parents disparus n'était pas chose facile, croire à leur retour était le dernier espoir dont disposait les familles. Randjel n'avait jamais totalement abandonné cet espoir, mais il ne s'en rendait pas compte. À un âge où l'on était encore malléable, il croyait dur comme fer à tout ce qu'on lui disait. Il ne doutait donc pas de ce qu'on lui racontait. Si on lui disait que ses parents étaient morts, cette information devait nécessairement être vrai. Candidement, Randjel ne voyait pas l'intérêt qu'aurait pu avoir l'armée de lui mentir. Puisque l'armée était du côté du bien, elle devait forcément raconter la vérité. Cette logique implacable était la seule chose que l'on s'était efforcé de lui inculquer, et il faut dire que cette doctrine avait pris à merveille. Randjel avait raison de se considérer comme un véritable soldat : il se comportait comme un bon petit soldat.
Savoir si ses parents étaient morts ou disparus n'importait pas : Randjel lui-même ne s'était jamais intéressé à cette question, alors même qu'il aurait pu, une fois adulte, mener de telles recherches. Il avait très vite appris qu'il était important de défendre ses terres et ses opinions. Ils défendraient la Republika Srpska, que des politiciens corrompus voulaient à tout prix empêcher de voir le jour parce qu'ils la craignaient. Les aînés de Randjel lui avaient dit que ce projet était beau et grand, et que leur République serait la plus belle et la plus pure qui soit : comment s'étonner que d'autres fussent jaloux d'elle et craignissent l'ombre qu'elle ferait à leur propre République ? Dans ces conditions, tuer n'était pas mal ; l'homme s'était toujours reconnu le droit de prendre les armes pour défendre sa liberté. Les méchants, c'étaient les autres, les oppresseurs, ceux qui les menaçaient de leurs fusils et qui voulaient les tuer. La pensée politique était simpliste : c'était en tout cas ce qu'il avait été capable de comprendre, car bien des points de détail lui échappaient. Mais ce qui importait était de le rendre opérationnel : c'était réussi.
Randjel ne porta jamais de regard critique envers cette armée. Il avait conscience que les principes de guerre qu'il avait appris n'existaient pas dans le monde civil, mais il avait du mal à s'en passer. Qui plus est, même lorsqu'il se rendit compte qu'une partie de son enfance lui avait été volée, il ne porta aucune rancune à ceux qui l'avait recruté. Ce passé faisait partie de son histoire personnelle. Rejeter cette période, ç'aurait été rejeter ce qu'il était. À défaut de faire table rase, il essaya finalement de concilier ce passé avec sa vie actuelle.

Les combats s'enchaînaient, le nombre de morts augmentait sans cesse, mais l'enfant restait en vie. Pour un peu, on aurait pu le considérer comme un vétéran, tant il était attaché à la vie. Ce gosse ne mourra pas : il serait déjà mort sinon. La vie, son addiction. Les autres enfants le quittaient parfois, remplacés par d'autres. Perdre quelqu'un était toujours un déchirement, et il se battait avec plus de férocité à chaque fois qu'une nouvelle vie lui était prise. Il respectait cependant ce sacrifice, puisqu'ils étaient morts avec passion pour défendre leur liberté, et ne cherchait jamais à venger leur mort ou à les protéger. S'il le fallait, il se donnerait en pâture aux obus pour obtenir ce que tous voulaient.
Pour l'enfant, les jours se ressemblaient, malgré les décors et les camarades qui changeaient. Il allait là où on lui disait d'aller, suivant docilement les ordres sans chercher à les comprendre. L'enfant aurait d'ailleurs été bien en peine de dire s'ils gagnaient ou s'ils perdaient. Ce genre de considération était bien trop intellectuelle pour lui. Les manœuvres politiques étaient trop complexes pour son jeune esprit bien peu habitué aux tractations diplomatiques. Il se désolait des crimes commis par l'autre armée, il participait parfois aux crimes de son armée, sans jamais percevoir la ressemblance entre les deux faits. Sa croyance en une vérité absolue faisait office de foi. Il se laissait guider par les événements.
L'enfant avait raison de croire en la force de son armée. En juillet 1995, la situation n'avait jamais été aussi favorable pour les Serbes. La conquête de Srebrenica était un franc succès (en oubliant bien sûr que ce fut également une boucherie à laquelle l'enfant n'avait pas participé). Toutefois, ce ne fut qu'un succès précaire. La riposte arrivait, et avec elle, les ennuis pour l'enfant.

Danijel a envie de fumer. Son arme se fait lourde après les combats contre les forces de l'OTAN. Il sent bien que son groupe est en infériorité numérique et qu'ils vont bientôt se faire submerger, sans qu'il ne puisse rien faire. Alors, à quoi ça sert de continuer, il pense. Il n'est peut-être pas très patriote, mais ça lui fait quoi, à sa patrie, s'il meurt aujourd'hui ou plus tard, si son sacrifice ne sert à rien ? Elle peut bien le laisser vivre, il pense. Lui, tout ce qu'il veut, c'est fumer une dernière cigarette en regardant les décombres fumants et les cadavres déchiquetés. Puis partir ailleurs, refaire une vie, et oublier cette guerre. Mourir pour ses idées, c'est une connerie, pense-t-il. C'est pourquoi le soldat baisse sa garde.
À ses côtés, le petit soldat reste concentré, prêt à riposter au moindre danger. Le gamin amuse Danijel : il joue vraiment son rôle, et si le gosse n'était pas en train de le surveiller, Danijel aurait peut-être déjà déserté.
« T'as du feu, p'tit ? demande-t-il alors sans le regarder.
Nan, mais j'ai une bouteille.
Ok, ça f'ra l'affaire. »
Boire, fumer, c'est presque pareil, c'est un plaisir de la vie qu'on ne devrait jamais se refuser. Danijel attrape la bouteille et vide le tire-boyaux qu'elle contient. Fugitivement, il se dit qu'un gamin de treize ans ne devrait pas boire autant, mais il ne se rappelle pas que c'est en subissant l'influence d'hommes comme lui que le gamin en question avait développé un intérêt trop prononcé pour la bouteille. Le petit soldat fait la grimace en voyant qu'il ne lui reste plus que la moitié de sa bouteille, mais il n'ose rien dire à Danijel : il serait capable de l'étriper pour avoir l'autre moitié. Le gamin range la bouteille et Danijel jette un coup d'œil derrière lui.
« C'est calme par ici. »
Avant même que son camarade puisse répondre, une explosion retentit et les emporte dans son sillage.

La vision du corps déchiré de Danijel ne choqua pas vraiment Randjel : il en avait vu d'autres. Il n'échappa pas à quelques blessures, mais dans l'ensemble, il était miraculé, protégé involontairement par son camarade qui avait pris la majorité des dégâts.
Au sortir de la guerre, Randjel n'était pas exactement indemne. Mentalement, il se sentait peu éprouvé par la guerre ; la victoire le réjouissait, même s'il se sentait un peu perdu à présent que son statut d'enfant-soldat n'était plus nécessaire. Physiquement, il s'était bien rétabli de ses blessures, mais son bras gauche lui faisait mal lorsque le temps était humide. Il souffrait désormais d'une addiction à l'alcool pour laquelle il allait être soigné. L'enfant était devenu un survivant ; il fallait à présent passer à autre chose.
Parce que ses parents étaient morts, Randjel se trouvait orphelin. On daigna enfin le traiter comme le jeune adolescent qu'il était pour le placer en foyer le temps de lui retrouver une famille. Randjel fut un enfant difficile à gérer : il était violent et autoritaire, habitué à agir comme un adulte et à ne respecter pas les règles élémentaires de la morale. Qui plus est, son traitement contre son alcoolisme le rendait acariâtre, et sans sa volonté de fer, il n'en serait jamais venu à bout. Mais il était discipliné et obéissant, ce qui n'était pas plus mal : il suffisait de lui parler avec suffisamment d'autorité pour le faire rentrer dans le droit chemin. Cette période d'adaptation lui fut tout de même profitable : Randjel réapprit à vivre comme un civil, bien que son innocence fût à jamais perdue.

« Ran, tu as de la visite. »
Au foyer, la vie était rythmée par les visites hebdomadaires de familles prêtes à adopter un enfant. En sept mois, Randjel en avait déjà reçu quelques unes, mais elles n'avaient pas abouties. Randjel n'éprouvait aucun respect pour ces couples qui venaient le voir, et les parents étaient intimidés par cet enfant mal élevé qui voulait être traité en adulte. Pour sa défense, il n'était pas le seul dans ce cas, et il fallait simplement être patient avec lui.
« C'est un homme important. » précisa le surveillant pour attirer son attention.
Randjel écouta distraitement le nom de son visiteur pendant que le surveillant s'effaçait pour le laisser celui-ci entrer. Ce dernier s'amusait de l'importance qu'on lui prêtait, mais il attendit tout de même d'être seul avec Randjel avant de prendre la parole.
« Randjel, c'est cela ? Tu permets que je t'appelle Ran, comme le fait ce brave homme ? »
Randjel se retourna à cette demande, visiblement étonné. C'est alors qu'il détailla pour la première fois son futur mentor. L'homme approchait de la trentaine et se distinguait par sa très grande taille, à côté de laquelle Randjel paraissait minuscule. Il avait un air doux, mais on sentait qu'il avait l'habitude de commander et d'être obéi. Mais le plus marquant était sans doute son regard bleu : bien que ses yeux fussent de la couleur de la glace, ils semblaient particulièrement chaleureux. Immédiatement, Randjel eut un avis positif sur lui. Un peu intimidé, il acquiesça et fit signe à son visiteur de s'installer. Il observa attentivement le nouveau venu sans oser prendre la parole, ce dont le dernier s'amusait également.
« Bien sûr, tu peux m'appeler Oscar. M. Wagner serait bien trop formel. À moins que tu n'aies perdu ta langue ?
Non. » fit Randjel de son habituel ton cassant.
Il ne détestait pas Oscar, mais il n'était pas dans ses habitudes d'être agréable avec quiconque. Oscar se leva et vint s'agenouiller devant le garçon pour se trouver à sa hauteur. Randjel soutint son regard sans sourciller, ce qui plut à l'adulte. Ce dernier se permit enfin de sourire pendant qu'il chuchota à l'oreille de son futur pupille :
« Dis-moi, tu sais tuer, non ? Tu aimes ça ? Peut-être pas, mais l'important, c'est que tu sais pourquoi tu tues. La vie civile t'ennuie, n'est-ce pas ? C'est normal, il n'y a jamais rien d'intéressant à voir. Moi, je peux te procurer le mode de vie dont tu rêves. Adrénaline garantie. Alors, ça te dit ? »
Randjel avait les yeux brillants d'envie tandis qu'Oscar s'éloignait un peu de lui en lui rajoutant :
« Bien sûr, ça reste entre nous. Il ne faudrait pas que d'autres le sachent, ils ne me laisseraient pas t'emmener.
Je garderai le silence ! » promit précipitamment Randjel.
Il avait peur de voir cet homme disparaître de sa vie et le laisser en plan dans cette pension qui l'ennuyait fortement. Il s'était rapidement pris d'affection pour Oscar, pour son allure dangereuse et ses petits secrets. Même s'ils ne le lui disaient pas directement, les gérants du foyer espéraient rapidement le voir trouver une famille et se comporter comme un enfant normal, sans comprendre qu'il ne pouvait pas redevenir normal en claquant des doigts. Oscar avait compris qu'il fallait attirer son attention, et surtout, qu'il lui fallait quelqu'un à respecter. Randjel se leva en même temps qu'Oscar et continua, parce que l'adulte restait volontairement silencieux :
« Je vous obéirai ! Je répondrai à tous vos ordres ! Si je peux continuer à... »
Une hésitation de la part de Randjel. Oscar ne répondit pas et se dirigea vers la sortie. Juste avant d'ouvrir la porte, il s'arrêta un instant.
« Je savais que tu dirais ça. Tu es un bon garçon. Je suis ravi d'avoir pu faire ta connaissance. »
Puis il s'en alla, laissant Randjel à ses pensées et ses espoirs.

« Comment avez-vous fait pour qu'il vous apprécie ? demanda le responsable du foyer le jour du départ de Randjel. Il n'a jamais aimé personne.
Lui ? répondit Oscar en observant d'un air protecteur son pupille. C'est un enfant difficile. Il suffit juste de savoir l'écouter. »
Il serra la main du responsable alors que Randjel trépignait d'impatience à côté de lui. Il le calma d'un regard doux qui fit l'admiration du responsable. Puis il passa paternellement le bras autour de l'épaule de Randjel, prit de son bras libre la valise du garçon et le poussa vers la sortie. Une nouvelle vie commençait.

Oscar était une main de fer dans un gant de velours pour bien des aspects, mais on ne pouvait pas dire que cela dérangeait Randjel. Devenir chasseur n'avait jamais fait partie des projets du garçon, mais il devait reconnaître qu'il était fait pour ce métier : il avait déjà reçu une formation militaire, était en bonne condition physique et, surtout, il n'avait pas vraiment de scrupule à tuer. Oscar l'avait choisi pour toutes ses raisons. Il n'avait eu besoin de diaboliser les loups-garou ou de chercher l'une de leurs victimes : il en fallait bien moins à Randjel pour tuer pour un mentor à qui il était entièrement dévoué.
Savoir qui était réellement Oscar Wagner était une question épineuse que Randjel avait préféré ne pas se poser. Il était évident qu'Oscar avait des moyens : la maison qu'il possédait en Bosnie était luxueuse, de même que celle qu'il possédait aux États-Unis, où il avait emménagé avec Randjel au bout d'un an. On sentait l'homme d'affaires qui avait réussi. Mais Oscar ne parlait jamais de ses activités, il ne mentionnait aucun contact professionnel et partait parfois en voyage pendant une semaine ou deux sans dire où il allait ni ce qu'il comptait faire. Il s'occupait d'ailleurs assez peu de Randjel : au quotidien, cette tâche revenait à ses domestiques anglophones. Randjel ne pouvait aller à l'école à cause de son retard d'éducation, aussi avait-il droit à un professeur particulier qui lui enseignait les rudiments de la lecture, de l'écriture et du calcul. Il lui arrivait parfois de fréquenter des jeunes de son âge, mais il n'était pas vraiment assidu, car il se trouvait différent des autres adolescents. Ils trouvaient étrange le fait d'avoir fait la guerre si jeune, posaient des questions stupides qui consistaient à savoir s'il avait été ridicule, et finissaient par s'en désintéresser pour se lancer dans des discussions portant sur les derniers phénomènes de mode. Randjel avait bien du mal à les suivre.
De temps à autres, Oscar prenait le temps de lui parler. Il avait toujours un ton léger, comme si ses conversations avec Randjel l'amusait. Il ne fallait pas s'y fier : Oscar s'arrangeait toujours pour faire sentir à son protégé qu'il était le maître et qu'il était dangereux de le contrarier. Les démonstrations de force étaient inutiles : Randjel était tout à fait le type d'apprenti qu'il lui fallait. Le garçon était appliqué et fasciné par son mentor, il obéissait sans poser de questions et se satisfaisait parfaitement de la vie qu'il menait. Randjel ne s'offusquait même pas à l'idée d'être un pion entre les mains d'Oscar : il en avait l'habitude. Pour lui, il était normal d'être considéré par son supérieur comme de la chair à canon. Ses motivations avaient cependant changé. Il avait cessé de combattre pour sa patrie pour se battre par sympathie et reconnaissance. Tuer des soldats ou des loups-garou lui paraissait équivalent : ce n'étaient que des cibles.
De façon irrégulière, Oscar se chargeait lui-même de son éducation. Il n'était pas le genre d'homme à effectuer le sale boulot, mais il était excellent pour commander. Ils descendaient la plupart du temps dans la cave de la demeure, dans une grande salle dont Oscar seul possédait la clé. L'immense salle d'entraînement contenait toute une série de matériels qui faisait rêver Randjel : mannequins d'entraînement, cibles, champs de tir ou de mines, et même un arsenal complet. Randjel ne pouvait pas entrer dans ce temple des chasseurs sans la permission d'Oscar ; il était donc d'autant plus heureux lorsqu'il y était autorisé. Oscar ne se battait jamais, mais il supervisait l'entraînement de Randjel avec efficacité. Ses connaissances théoriques, en matière d'armes notamment, étaient étendues : il présentait à son protégé de nouvelles techniques, puis le laissait se perfectionner sous sa surveillance. Le jeune bosniaque appréciait ces séances et les attendait avec impatience.
Mais ce qui lui plaisait le plus était cependant l'événement le plus rare de sa vie. Certaines nuits de pleine lune, Oscar venait frapper à la porte de la chambre de Randjel sans dire un mot. L'adolescent arrêtait sur le champ ce qu'il était en train de faire pour préparer ses affaires. Oscar s’éclipsait, certain de l'obéissance et de l'efficacité de l'apprenti chasseur. Ils se retrouvaient sans bruit dans l'immense jardin où Randjel était censé se rendre sans se faire repérer par le personnel. Après quoi il suivait sans un bruit Oscar en dehors de la propriété, puis sur le chemin vers sa cible du soir. Oscar ne se battait certes pas, mais ses talents de discrétion étaient réels. Les premières fois que Randjel l'avait suivi, il faisait trop bruit : son mentor s'était arrêté pour le lui faire savoir, et il avait même à plusieurs reprises annulé la mission. Mais il avait fini par être suffisamment discret pour avoir le droit de participer. Ou plus exactement, avoir le droit de tuer.
Ils se rendaient alors dans des lieux moins fréquentés, le plus souvent en forêt ou dans les champs, et toujours en dehors du territoire de Kingsbury. L'air était chargé d'une tension bestiale que connaissait bien le garçon. Lorsqu'il repérait des traces, il faisait signe à son mentor, tous deux filaient les traces lupines jusqu'à ce que la bête fût proche. Randjel vérifiait une dernière fois que son équipement était opérationnel, puis il se lançait seul à l'attaque. L'arme changeait à chaque fois : elle lui avait été imposée par Oscar dans le jardin. Épée, lance ou fusil pouvaient être à l'ordre du jour : Randjel devait veiller à ce que ses compétences restassent parfaites. Ce genre de défis l'émulait et rendait la partie de chasse plus joyeuse. Il ne tuait jamais que des loups-garou, mais il ne se plaignait jamais du faible nombre de proies : les loups-garou étaient plus forts et plus rapides que les êtres humains, ce qui rendait la traque bien plus intéressante. Pendant que Randjel affrontait la bête, Oscar avait toujours mystérieusement disparu, puis il réapparaissait lorsque le travail était terminé, même s'ils avaient dérivé de plusieurs kilomètres. Oscar regardait avec satisfaction le cadavre reprendre forme humaine – difficile de savoir ce qui lui faisait le plus grand plaisir, de voir les qualités de Randjel ou de contempler le défunt. Il avait alors un mot gentil pour son protégé, puis tous deux rentraient chez eux, toujours sans échanger le moindre mot.

Pendant plusieurs années, Randjel suivit l'entraînement son mentor. Lorsqu'il eut dix-neuf ans, Oscar déclara que cet apprentissage était terminé et qu'il était désormais un véritable chasseur. Il n'expulsa pas le jeune homme de chez lui, et l'incita même à rester le temps qu'il voudrait. C'était la grande force d'Oscar : il donnait toujours à Randjel l'impression de tenir à lui. Mais Oscar n'avait nulle intention de permettre à son élève d'être oisif sous son toit. L'envoyer chasser ne constituait en rien un travail à ses yeux : en effet, il était officiellement le père adoptif de Randjel et non son employeur, même s'il occupait plutôt le second rôle que le premier. Qui plus est, il ne semblait pas décidé à le laisser hériter de ses activités, puisqu'il les tenait toujours secrètes. Il avait donc fait comprendre à son protégé qu'il était grand temps pour lui d'entrer dans la vie active et de devenir un véritable homme en gagnant de l'argent.
Sans formation autre que celle de chasseur, trouver un travail s'avérait complexe, et ce d'autant plus qu'il était considéré comme un étranger : il n'avait jamais pu se départir de son accent, et même s'il portait la nationalité anglaise léguée par Oscar, on ne le considérait pas comme tel. Se servir des relations de son mentor n'était pas envisageable, puisqu'il était tenu exclu de cet univers. Il n'était d'ailleurs pas certain que les habitants de Kingsbury sachent qui était Oscar Wagner, tant la capacité de cet homme à passer inaperçu était grande.
Randjel aurait pu travailler dans un domaine qui nécessitait ses compétences particulières : garde du corps, soldat ou encore vigile étaient des métiers qui lui auraient parfaitement convenu. Cependant, les capacités de Randjel était légèrement supérieures à ce qu'on pouvait raisonnablement attendre d'un civil. Alors qu'il construisait son avenir, le jeune homme devait faire oublier son passé d'ancien enfant-soldat. Aux yeux du monde, il devait se présenter comme un homme ayant eu une enfance classique auprès d'un homme d'affaires souvent absent mais très aimant. Durant son enfance, il n'avait rien fait d'exceptionnel : il pouvait expliquer sa connaissance du combat par la violence et la rage qui étaient alors contenues en lui, mais il ne pouvait expliquer ni la rage ni la violence. Il était donc préférable d'oublier cet aspect et de ne pas se faire remarquer. Randjel préféra prendre des cours du soir. Il se rendit compte alors de la difficulté qu'il avait à apprendre de la sorte. Randjel était excellent pour apprendre sur le tas, mais le savoir théorique était bien plus difficile à assimiler. De plus, il ne maîtrisait pas assez la lecture et l'écriture pour devenir un grand intellectuel : ses compétences étaient suffisantes pour se débrouiller au quotidien, mais guère plus. Peut-être était-ce pour cette raison qu'Oscar ne l'avait pas mêlé à ses affaires : il savait que Randjel faisait le parfait homme de main, mais il n'avait pas les compétences requises pour prendre la suite de ses affaires. Sans compter qu'Oscar n'avait qu'une trentaine d'années et ne pensait peut-être pas à la relève de son entreprise.
La voie des études lui étant définitivement fermée, Randjel dut se contenter de petits boulots. Dans la mesure où il vivait toujours chez Oscar, n'avoir qu'un faible salaire n'était pas vraiment une gêne : ce qui comptait aux yeux de son mentor était de le voir entrer dans la vie active et de s'investir dans la vie sociale. Ce qu'il faisait exactement et ce que ça lui rapportait n'étaient que des données secondaires. Randjel était même libre d'avoir une petite amie et de la ramener chez lui quand il le souhaitait. Il pouvait disposer de la maison et du personnel à sa convenance. Au final, tout le monde était satisfait de cet accord. Avec régularité, Oscar emmenait Randjel chasser. Comme lorsqu'il n'était qu'un apprenti, Randjel devait toujours se soumettre aux ordres de son mentor, n'abattre que les cibles qu'il lui désignait et uniquement quand il le lui disait. Les initiatives personnelles n'étaient pas encouragées. Et cela pendant plusieurs années.

Un événement étrange survint alors qu'il avait vingt-deux ans. Un événement qui aurait pu soulever quelques doutes chez Randjel, mais qui resta sans importance pour le jeune homme. Et pourtant, cet événement était intrigant et lui aurait permis de comprendre un peu mieux le jeu trouble d'Oscar.
Randjel était au téléphone avec son mentor. Il leur arrivait parfois de se téléphoner en pleine journée, comme s'ils étaient de bons amis qui appréciaient discuter de tout et de rien. Ce jour-là, Oscar était à l'origine de l'appel, mais ce n'était pas toujours le cas. Ils discutaient des fêtes de Noël qui approchaient. Oscar semblait dire qu'il serait bien de partir en chasse dans les jours à venir, afin de sécuriser la ville à cette occasion. Randjel était étonné par tant de bons sentiments, mais il n'avait pas protesté. En raccrochant, cependant, il eut la surprise de voir un autre jeune homme arrêté devant lui. Malingre, le nouveau venu avait le teint verdâtre et l'air piteux, comme s'il était pauvre ou malade. Ses habits, pourtant, étaient bien soignés : un jean foncé flambant neuf et une veste noire auraient pu lui donner un air élégant, s'il n'y avait eu ce regard halluciné qui contemplait fixement Randjel. Le jeune homme maigre semblait bien décidé à interroger Randjel :
« T-tu... tu connais Oscar ? » demanda-t-il, bredouillant comme s'il avait froid.
Randjel comprit immédiatement qu'entendre ce nom n'était pas un hasard : il était persuadé que l'inconnu lui parlait du même Oscar que celui qu'il connaissait. Ce nom eut donc pour effet de le mettre sur la défensive et le faire froncer les sourcils ; l'autre jeune homme eut un moment de recul, comme s'il était vaguement inquiet de ce que Randjel était capable de faire.
« J-je pourrais te faire du m-mal, hein. continua-t-il en lui lançant un regard mauvais, qui le faisait ressembler à un chien des rues plutôt qu'à un bulldog.
Sans doute... répondit Randjel, qui ne paraissait pas convaincu.
Mais... si tu connais Oscar... personnellement, je veux dire, osa le jeune homme, p-peut-être... vaut-il mieux que je ne te fasse pas de m-mal.
Tu fais bien. » conclut Randjel.
Cela eut pour conséquence de faire frissonner l'inconnu, qui ne put s'empêcher de reculer d'un pas. Pour Randjel, ce civil n'était qu'une loque qui allait très prochainement mourir, et sans son aide en plus. Une perte de temps, donc. Mais le jeune homme se ressaisit immédiatement, visiblement accoutumé à être la cible de telles menaces. Il abandonna toute attitude agressive envers Randjel, le salua presque poliment et passa son chemin. Randjel le regarda s'éloigner, puis il reprit sa route en oubliant cet incident.
Pourtant, il y avait de quoi s'interroger. Quel était le lien exact entre le jeune homme malingre et Oscar ? Il convenait de remarquer ce jeune homme l'appelait également par son prénom et paraissait le connaître. Non seulement il l'avait déjà rencontré, mais en plus il travaillait certainement avec lui.
Peut-être était-ce justement pour cette raison que Randjel n'avait pas cherché à en savoir plus. Si cet homme travaillait avec Oscar, alors il valait mieux ne pas chercher en savoir plus. C'était en quelque sorte un instinct de survie : moins on en savait sur Oscar, mieux on se portait.

Il était évident qu'Oscar trempait dans des affaires louches et que le jeune homme que Randjel avait malencontreusement rencontré entrait aussi dans l'équation. À vingt-cinq ans, Randjel fut officiellement convoqué par Oscar dans son bureau pour parler de la suite des événements. Le jeune homme était rarement convoqué de façon aussi solennelle : la dernière fois que cela lui était arrivé, il avait été intronisé chasseur. Randjel ne savait donc pas s'il fallait s'inquiéter de cette nouvelle convocation. Il se présenta à l'heure précise au bureau de son mentor et fut invité à s'asseoir.
Oscar n'était pas aussi rayonnant que d'habitude. Son visage était vraiment soucieux, comme si ses affaires se présentaient mal. Randjel nota immédiatement ce détail et ressentit une sorte de compassion pour lui : après tout, il était vraiment attaché à Oscar et n'aimait pas le voir en mauvaise posture. Si les affaires d'Oscar allaient mal, celles de Randjel également puisqu'il était à ses ordres. Il perçut de la réticence et de l'hésitation chez son mentor : manifestement, ce qu'il s'apprêtait à lui annoncer ne lui plaisait pas du tout. Inquiet, Randjel attendit patiemment qu'Oscar prît la parole.
« Ran, j'ai de gros soucis professionnels et financiers. » Cela, Randjel l'avait plus ou moins deviné, mais ce qu'il craignait le plus étaient les conséquences de ces soucis. « Nous n'allons pas pouvoir continuer ainsi. »
Pour la première fois, Randjel ressentit un soupçon d'angoisse naître dans son cœur. Il ne craignait pas pour sa vie ni pour celle des autres, mais il appréciait son rythme de vie et ne désirait pour rien au monde le voir changer. Malheureusement, les circonstances n'étaient pas favorables.
« Nos parties de chasse vont devoir s'espacer. La situation devient bien trop dangereuse ces derniers temps pour que nous puissions continuer avec autant de régularité. Avec toutes les conséquences que cela implique, évidemment... »
Oscar soupira et jeta un coup d'œil à un cadre photo posé sur le bureau. Randjel n'avait jamais vu ce qu'il contenait, mais il soupçonnait qu'il s'agissait de la véritable famille d'Oscar, d'une famille qu'il avait peut-être perdue, d'ailleurs. Randjel prit alors les initiatives, peiné de voir son mentor devenir trop sentimental.
« Dans ce cas, je vais partir et m'installer ailleurs. J'aurais besoin de ton aide dans un premier temps, mais ensuite, je me débrouillerai seul. Je ne peux pas rester à ta charge toute ma vie. »
Nouveau soupir de la part d'Oscar. On aurait vraiment dit que cette décision le rendait triste, alors qu'il espérait secrètement que Randjel partît pour alléger ses finances.
« Évidemment je t'aiderai. Tu peux compter sur moi. Et nous aurons encore quelques parties de chasse ensemble, je te le promets. »
Oscar adressa alors un sourire paternel qui réjouit Randjel. Alors que ce dernier quittait le bureau pour rechercher un appartement, il se dit qu'ils avaient préservé l'essentiel.

Quelques mois plus tard, Randjel s'installa dans un nouvel appartement dans un quartier moyen de Kingsbury. Oscar avait insisté pour l'installer dans un quartier sûr, arguant que les quartiers populaires étaient trop violents et risquaient de faire s'effondrer sa couverture. En comparaison des demeures où il avait vécu durant son adolescence, le nouvel appartement était petit et peu équipé, mais la discipline militaire de Randjel lui avait permis de s'adapter facilement à ce changement de mode de vie. À vrai dire, il ne pouvait pas se plaindre, puisqu'il avait passé ses jeunes années à dormir n'importe où et à manger des rations alimentaires loin d'être savoureuses. Son budget avait fondu comme neige au soleil, mais il n'était plus à la charge d'Oscar, ce qui le rendait heureux.
Pour beaucoup, la reconnaissance de Randjel envers un homme qui ne voyait en lui qu'un pion et qui ne le cachait pas était difficilement compréhensible. N'importe qui se serait rebellé face à un homme qui considérait votre mort probable comme un simple désagrément. N'importe qui aurait assez tenu à sa vie pour refuser de la perdre, même pour une personne aimée. Ce n'était pas le cas de Randjel. Il devait énormément à Oscar : pour ce dernier, ce qu'il lui avait donné n'était qu'une goutte d'eau, mais pour Randjel, c'était tout. Et c'était suffisant pour s'attirer son indéfectible loyauté. Quand bien même Oscar menait des activités criminelles, Randjel l'aurait suivi jusqu'en enfer. Il l'aurait même devancé.
La conséquence de cette liberté fut cependant un ennui considérable. Oscar accepta que Randjel menât lui-même ses proches chasses ; il lui donna foule de conseils, moins pour l'aider que pour éviter de se faire impliquer si jamais Randjel faisait un faux pas. Randjel les accepta avec son calme habituel. Enfin, il avait pu se lancer seul dans les chasses. C'était d'ailleurs la première fois qu'il chassait à Kingsbury-même : d'ordinaire, Oscar l'emmenait dans les villes et villages voisins.
Évidemment, Randjel connaissait très mal le code des chasseurs. Il avait conscience qu'il existait, mais il avait toujours considéré qu'il le respectait. Tuer des bêtes mi-humaines mi-animales n'était pas un crime, puisque tuer des humains dans le cadre d'une guerre n'en était pas un. Randjel n'avait jamais vu la mort comme un drame, et il était étonné de voir que de nombreuses personnes n'étaient pas prête à mourir. Lui qui avait toujours vécu avec cette certitude ne comprenait pas ce genre de réaction. Supplier son adversaire de l'épargner le surprenait toujours. Il avait entendu parler de soldats qui épargnaient un ennemi, mais généralement, celui-ci était brave – ou ce n'était pas un véritable soldat et cela ne valait pas la peine de l'affronter. Mais il pensait que ce genre d'actes devait être à la discrétion de celui qui disposait du droit de vie et de mort. Or, Randjel n'était pas vraiment disposé à épargner ses victimes. Les seules qui lui paraissaient assez braves acceptaient généralement de mourir.
De cette manière, Randjel évitait l'ennui de la vie civile et pouvait se faire passer pour un homme tout ce qu'il y a de plus normal. Au bout de quelques années, son train de vie s'améliora, puisqu'il trouva un travail régulier de contrôleur à la gare de Kingsbury. À présent qu'il avait un travail fixe, il pouvait se passer de l'aide financière d'Oscar, qui semblait s'en réjouir. Ils avaient tous deux trouvé une sorte d'équilibre. Si les affaires d'Oscar n'étaient plus aussi florissantes que lorsque Randjel était adolescent, l'homme d'affaires avait réussi à conserver un train de vie très confortable, sa maison et son personnel. Il invitait de temps à autres Randjel chez lui, et Randjel l'invitait en retour. Dans ces moments-là, on oubliait presque la nature du véritable lien qui unissait les deux hommes.

La vie aurait pu continuer indéfiniment ainsi, si un problème n'était pas survenu. Et ce problème venait de Randjel. Alors qu'il ne s'était jamais interrogé sur les pratiques d'Oscar, un doute avait fait son apparition. Un léger doute qui provenait de la marque qu'il avait sur le bras.
Assez rapidement, cette marque était apparue sur son bras. D'après Oscar, elle était le signe qu'il était un véritable chasseur. Elle n'était rien de plus qu'un signe distinctif et il devait en être fier. Randjel s'était contenté de cette explication. Les années passant, la marque avait grandi lentement. Le chasseur la regardait avec fierté, persuadé qu'elle symbolisait l'efficacité avec laquelle il accomplissait ses missions. Il n'aimait pas la montrer aux autres, parce qu'il n'avouait pas sa véritable vocation, mais il se sentait très satisfait de lui.
Mais les choses avaient changé. La marque ne s'était plus contenté de grossir : elle commençait à devenir pesante. Il la sentait sur son bras, comme si un parasite s'y était accroché pour attirer son attention. Randjel l'avait observé des heures durant. Ce n'était plus qu'un simple tatouage : c'était une entité vivante ennemie qui voulait sa peau. Dans le doute, Randjel s'était même infligé une coupure au niveau de la marque, mais la marque avait été la plus forte des deux. Pour finir, Randjel avait ressenti pour la deuxième fois de sa vie une angoisse lui étreindre le cœur. Il s'était donc résolu à demander conseil à Oscar. Malheureusement, celui-ci lui avait répondu avec une indifférence qui lui avait glacé le cœur.
« Cette marque ? avait-il dit. Ça veut dire que tu as dû tuer quelques loups innocents dans le lot. »
Cette réponse avait eu le don de mettre Randjel en colère. Pas un instant il ne s'était douté qu'une telle possibilité pouvait arriver, puisque son mentor s'était bien gardé de lui en parler. Qui plus est, il ne se doutait pas un instant que la culpabilité et l'innocence entrait en ligne de compte dans le choix de ses proies. Il avait choisi de nombreux coupables, puisque sa marque aurait grossi plus rapidement si tel n'avait pas été le cas. Mais qui, d'Oscar ou de Randjel, avait décidé de la mort des innocents ? Et, question plus importante encore, qu'est-ce qu'était un innocent ? Oscar avait semblé incapable de lui répondre et lui avait conseillé de ne plus tuer que sous ses ordres pour éviter de ne voir la rage grossir plus que nécessaire. Peu convaincu, Randjel avait cependant obéi à Oscar par habitude. Mais cet événement le poussa à réfléchir sur lui-même.
Il se rendit alors compte qu'il avait fini par devenir lui-même un monstre et qu'Oscar l'avait même ardemment souhaité. Mais les raisons en étaient floues. Lui qui ne voyait aucun mal à tuer ne comprenait pas comment ses actes pouvaient être mauvais. La morale sur laquelle il avait bâti sa vie venait de voler en éclats. Il était impossible qu'il se fût fourvoyé de la sorte. Randjel se rappelait qu'il était vu comme une personne trop froide et insensible, voire même pratiquement inhumaine par les personnes qu'il fréquentait. C'était pour cette raison qu'il ne trouvait pas l'amour, qu'il n'arrivait pas à se faire des amis et que sa vie sociale n'était pas aussi brillante qu'il l'aurait souhaité. Mais ce qui lui faisait le plus mal était de savoir qu'Oscar avait voulu tout cela. Traiter Randjel comme de la chair à canon était une chose ; le pousser à une mort certaine en le poussant à commettre ces crimes en était une toute autre que Randjel n'était pas prêt à pardonner.
Désormais, Randjel connaissait la peur de mourir. Elle était symbolisée par cette marque qui engourdissait son bras, comme chevillée au corps. Randjel aurait pu aller jusqu'au bout de sa loyauté, jusqu'à succomber sous le poids de ces crimes. Mais il avait l'impression d'avoir été trahi par Oscar et il n'était pas certain de le lui pardonner. Lui désobéir ou se venger n'étaient pas dans les plans de Randjel : c'eût été s'opposer trop violemment à sa nature fondamentale de chasseur. Mais il y avait bien quelque chose qu'il pouvait faire pour contrarier Oscar. Une petite chose toute bête qui pourrait contrecarrer les plans de son mentor. Il allait rester en vie.


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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Dim 9 Nov 2014 - 15:59

I love you
Je lis quand je rentre mais j'aime déjà. ♥️
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Dim 9 Nov 2014 - 16:05

Merci mon petit. ♥
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Dim 9 Nov 2014 - 18:49

Quel choix de vava *-*
J'ai lu le tout début et ça a l'air d'être un sacré perso *-* J'essaierais de lire plus plus tard mais waow
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Dim 9 Nov 2014 - 22:02

Merci beaucoup, ça me fait plaisir que tu aies quand même commencé à lire. *.*
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Lun 10 Nov 2014 - 8:14

Re-bienvenue !
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Lun 10 Nov 2014 - 18:55


t'es validé, p'tit loup !
t'es dans la cour des grands wsh.


Pardon pour l'attente, j'avais commencé à lire mais tu sais ce que c'est.    J'aime énormément la fiche, l'histoire est magnifiquement écrite et documentée, c'était un bonheur. ♥️ Hâte de voir Ren Ran à l'œuvre ! (non mais t'as vu le lapsus sérieux... j'te prends pour un mec dark aux cheveux rouges, c'grave quoi. ♥)



Tu es officiellement un résident de Kingsbury, si c'est pas beau tout ça ! Tu peux créer un scénario pour en faire un personnage essentiel à ton personnage. D'ailleurs, saches que tu n'es pas tout seul, que tu peux trouver des liens et aussi ouvrir ta propre fiche de liens. Si tu fais partie de la classe des adultes, tu as sûrement un métier afin de gagner de l'argent pour vivre. Enfin, même situ comptes sur les parents pour tout te payer, il te faut quand même un toit. N'oublies pas non plus que nous sommes dans une ville infestée de créatures surnaturelles ; si tu as un don particulier, vérifies que tu as été ajouté dans les quotas de l'annexe de ton annexe ! Vérifies aussi que tu as bien ta couleur de groupe, ton rang et ta célébrité recensée dans le bottin. BOON JEU PARMI NOUS !  


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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion
Lun 10 Nov 2014 - 21:47

Merci Avery. ♥

Ouh, le lapsus. Je t'aime quand même, vieux loup. ♥
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MessageSujet: Re: Ran - La pâture du Lion

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Ran - La pâture du Lion

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